Tout peut changer

DSCN6019.JPGNaomi Klein, journaliste canadienne, partage dans son dernier livre Tout peut changer, capitalisme et changement climatique, 5 ans de reportages, découvertes et analyses sur le changement climatique, ses répercussions sur nos sociétés et sur la planète.

Ce livre relate l’urgence de la situation et le lien étroit entre notre modèle économique actuel et le changement climatique: « le système économique et la planète sont en guerre l’un contre l’autre. »

Dans son livre, l’auteur évoque l’impact de la mondialisation, du modèle agricole actuel et des climatosceptiques (essentiellement conservateurs) dans le changement climatique.  Naomi Klein montre ainsi la forte contradiction entre les valeurs du capitalisme et l’existence même du changement climatique. Le déni face au changement climatique n’a fait qu’accroître le problème et la facture à payer…

« A l’époque du Sommet de la Terre de 1992, ou même au tournant du millénaire, il aurait été possible de respecter l’objectif des 2°C en procédant à des changements progressifs au sein du système politique et économique dominant. Cependant, le changement climatique est le fruit de phénomènes cumulatifs! Nous qui vivons actuellement dans des pays (post)industriels fortement émetteurs devons maintenant composer avec un tout autre destin. Notre continuelle surconsommation collective de combustibles fossiles nous a fait rater toute possibilité de procéder au « changement progessif » qu’autorisait la situation antérieure, où la quantité de gaz carbonique qu’on pouvait encore émettre dans l’atmosphère sans dépasser l’objectif des 2°C permettait un bilan d’émissions moins restrictif. Aujourd’hui, après vingt ans de simulacres et de mensonges, le respect de la limite de réchauffement de 2°C nécessite d’apporter des changements révolutionnaires au système politique et économique dominant. » Kevin Anderson, directeur adjoint du Tyndall Centre for Climate Change Research

Aujourd’hui, il est nécessaire afin d’atteindre l’objectif des 2°C de laisser 80% des réserves de combustibles fossiles sous terre or la valeur de ses réserves pour les industries s’élève à 27 000 milliards de dollars!

Afin de rassurer les « responsables de la crise » et « les membres paniqués de l’élite mégalomane sur le fait qu’ils demeurent les maître de l’univers », le changement climatique a souvent été minimisé… Des études montrent que ceux qui prônent le conservatisme, la hierarchie et l’industrie sont plus susceptibles de nier l’existence même du changement climatique et établissent un lien fort entre les valeurs « matérialistes » (idéologie du libre-marché) et l’insouciance face aux risques environnementaux.

« En fonction de l’importance qu’ils accordent à des valeurs et à des buts comme l’accomplissement personnel, l’argent, le pouvoir, le statut et l’image, les individus tendent à développer des comportements plus négatifs à l’égard de l’environnement, à être moins enclins à adopter des comportements environnementaux positifs, et à utiliser les ressources naturelles de manière moins durables » Kasser et Tom Crompton, Meeting Environmental Challenges: The role of Human Identity.

Les valeurs du capitalisme nous ont laissé entendre que nous étions des êtres uniquement individualistes. « Cette sombre vision est parvenue à nous isoler suffisamment les uns des autres pour nous convaincre non seulement que nous sommes incapables de nous protéger nous-mêmes, mais aussi que nous ne valons fondamentalement pas la peine d’être sauvés ». Or, il suffit de voir les actes de générosité international lors de catastrophes naturelles ou d’attentats pour voir que nous sommes pleins de contradictions et de valeurs autres que celles prônées par le capitalisme.

« La véritable cause de l’inertie actuelle face au changement climatique tient au fait que les mesures nécessaires menacent directement le paradigme économique dominant (qui combine capitalisme déréglementé et austérité) et le mythe fondateur de la culture occidental (selon lequel l’être humain ne fait pas partie de la nature et peut se jouer de ses limites), de même que bon nombre des activités qui forgent nos identités et définissent la vie collective (la consommation, le virtuel, un peu de consommation supplémentaire…). De telles mesures sont également synonymes d’extinction pour des industries – celles du pétrole et du gaz – dont la prospérité et le pouvoir sont sans précédent, mais qui ne pourront subsister dans leur forme actuelle si nous autres humains désirons éviter notre propre annihilation. Pour résumer: si nous n’avons pas relevé ce défi, c’est parce que nous sommes emprisonnés –
politiquement, physiquement, culturellement. Et c’est seulement quand nous reconnaîtrons l’existence de nos chaînes que nous aurons une chance de nous en libérer. » Naomi Klein

L’auteur retrace également l’histoire de la prise de conscience du changement climatique de la sphère scientifique à la sphère politique et démontre le poids des lois commerciales qui vont souvent à l’encontre du climat.

« Si le droit commercial international ne tolère pas certaines mesures essentielles à la lutte contre les changements climatiques, il faudra manifestement en redéfinir les règles. Jamais on ne pourra instituer une économie durable en maintenant les règles commerciales en l’état. C’est absolument impossible. » Steven Shrybman, avocat spécialisé dans le commerce international et les litiges d’intérêt public

L’auteur évoque aussi le rôle d’une gestion publique de l’énergie, les réformes par les gouvernements, la création d’emplois, l’agroécologie, la décentralisation afin d’accélérer la transition, le principe du pollueur – payeur et le principe d’équité (les industries doivent payer et non uniquement les citoyens). La transition énergétique Allemande est mise en exemple: le gouvernement a incité à la production d’électricité et aujourd’hui, on compte 1, 4 million de parcs photovoltaïques, 25 000 éoliennes et près de 400 000 emplois créés!

« En résumé, pour éviter que la pollution ne transforme à jamais notre monde, il faut commencer par transformer du tout au tout notre façon de penser l’économie. »

L’auteur évoque également la géo-ingénierie, les avancées et les conséquences de ces technologies pouvant contrôler le climat (atténuation des rayons du soleil…) ainsi que le rôle contradictoire de milliardaires qui tentent d’être les héros du changement climatique
comme le fondateur de Virgin, Richard Branson.

« Le jour où le capitalisme sera contraint de tolérer la présence de sociétés non capitalistes, de limiter l’appétit de domination et d’admettre que l’offre de matières premières n’est pas infinie, ce jour-là soufflera enfin un vent de changement. S’il existe la moindre lueur d’espoir pour la planète, elle ne réside pas dans les conférences sur la crise du climat ou au sommet des gratte-ciel. Elle se trouve tout en bas, sur le terrain, dans les yeux des gens qui se battent au quotidien pour la protection de leurs forêts, de leurs montagnes et de leurs rivières, parce qu’ils savent que ces forêts, ces montagnes et ces rivières les protègent.

Pour réinventer ce monde qui a vraiment mal tourné, il faudra commencer par cesser d’écraser les personnes qui pensent autrement, dont l’imaginaire est étranger au capitalisme comme au communisme – un imaginaire qui envisage tout autrement le bonheur et l’accomplissement de soi. Pour qu’un tel espace philosophique occupe la place qu’il mérite, il faudra accorder de l’espace physique à ceux qui semblent être les gardiens du passé, mais sont en fait les guides de l’avenir. » Arundhati Roy, The Trickledown Revolution, 2010

Dans la dernière partie de son livre, l’auteur évoque les mouvements de résistance à des projets variés, à travers le monde: les mouvements blocadiens, anti-extractivistes et de désobéissance civil contre « des projets à ciel ouvert, de puits de gaz de schiste et d’oléoduc destinés à acheminer le pétrole des sables bitumineux » (exemple de l’oléoduc Keystone XL en Amérique du Nord), des sites d’extractions… L’auteur évoque également le combat des populations autochtones notamment au Canada et aux Etats-Unis pour protéger leur territoire de l’extraction par les industries qui souvent ne respectent pas les traités.

Pour conclure, l’auteur fait appelle à la force du mouvement social qui doit avoir pour objectif à la fois de s’attaquer aux inégalités par un partage plus égalitaire des ressources et de lutter contre le changement climatique.

« Nous pouvons accélérer, par notre labeur, la restauration et la régénération des écosystèmes, en agissant de façon éclairée et concertée. L’être humain joue sur Terre un rôle prédominant en ce moment, et il nous faut absolument harmoniser nos stratégies avec les facultés de guérison de la Terre Mère: nous devons adopter ses façons de faire. Il ne s’agit pas de prôner l’immobilisme ni la retraite, mais de travailler avec acharnement à la régénération. » Gopal Dayaneni, écologiste engagé dans le Movement Generation

J’ai tenté ici de donner les grandes lignes de ce livre, très complet et détaillé, de plus de 500 pages. Ce livre est rempli d’informations, de rencontres et d’exemples précis, je vous conseille donc de le lire:)

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